Ignorez les morsures? Vraiment?!

Dernièrement, votre douce petite Polly s’est transformée en vampire. Vous qui pouviez tout faire avec! Maintenant, elle vous mord sans raison et ne tolère plus les manipulations. Vos mains souffrent et votre coeur aussi. Que se passe-t-il? Qu’avez-vous fait pour mériter cela? Vous ouvrez internet et vous recherchez des conseils pour cesser ce calvaire. À plusieurs reprises, vous lisez qu’il faut ignorer les morsures et laisser le temps passer. Vous êtes confus mais vous vous dites que vous n’avez rien à perdre, alors vous essayez. Les jours passent et votre cauchemar continue…

Un conseil que l’on entend souvent consiste à ignorer les morsures ou ne pas y réagir. Analysons les répercutions d’une telle recommandation. 

1. Certaines morsures ne peuvent juste pas être ignorées

Imaginez-vous avec un grand ara ou un même un amazone pendu au bout du doigt… Ce ne serait pas très adéquat que de rester de marbre en attendant que l’oiseau décide enfin de cesser de charcuter votre peau et d’aller voir ailleurs. Non seulement certains perroquets peuvent infliger des blessures très sérieuses et cet incident pourrait vous laisser un goût amer. 

Vous allez probablement retirer votre doigt pour cesser cette sensation de douleur si votre perroquet vous mord. 

Ce qui normal et correct. Protégez votre corps. 

Même la morsure d’une petite conure ou d’une perruche peut vous occasionner de la douleur. Il serait faux de croire que vivre avec un perroquet c’est d’accepter de vivre avec des morsures. 

2. Pourquoi votre perroquet vous mord?

S’il y a bien une chose que l’on doit mettre au clair c’est que les animaux (comme les humains) répètent les comportements qui leur apportent des conséquences intéressantes (du point de vue de l’individu). 

Imaginons le scénario suivant:

Votre oiseau commence à avoir faim, il est fatigué et veut retourner dans sa cage. Vous tentez d’interagir avec lui, mais il n’est pas très réceptif et il vous mord. Pour le punir, vous décidez de le retourner dans sa cage… Résultat? Votre oiseau risque de vous mordre plus souvent car la conséquence est plaisante. 

Chaque comportement a une fonction. 

Est-ce que votre perroquet tente d’éviter ou d’obtenir quelque chose? Il veut que vous retiriez votre main, que vous vous éloigniez de sa cage? Il veut descendre de votre épaule, se faire flatter, retourner dans sa cage? 

Comment éviter de donner une raison à l’oiseau de vous mordre plus souvent?! Existe-t-il un gadget magique pour lire les pensées? Malheureusement, non… Il faut faire un travail de détective et analyser le tout. 

  • Qu’est-ce qui se passe juste avant la morsure (antécédents) ?
  • Comment réagissez-vous suite à la morsure? Que se passe-t-il juste après (conséquences)?
On y reviendra dans la section «Tout est dans le contexte». Pour l’instant, allons découvrir ce qui se cache derrière cette recommandation. 
 

3. Le raisonnement derrière le fait d’ignorer les morsures

Le principe derrière tout cela n’est pas fou. On vous conseil d’ignorer les morsures dans le simple but d’éviter que votre réaction ou vos actions soient perçues comme désirables par l’oiseau. Si ce n’était que ça, le principe serait super; on subit une fois la douleur en silence puis l’oiseau ne le refait plus jamais…

Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Rappelez-vous que la morsure a une fonction. Réaction ou pas, l’oiseau tente de vous dire quelque chose et vous n’écoutez pas. Lorsque l’on compte seulement sur le fait de ne pas renforcer un comportement, on se base sur l’extinction (non renforcement d’une réponse précédemment renforcée). 

 

4. Les problèmes de l’extinction

Une telle procédure entraine plusieurs effets secondaires dont:

  • Un pic d’extinction
  • La résurgence
  • Le comportement émotif
D’autres problèmes peuvent apparaitre mais concentrons-nous sur ceux-ci. Qu’est-ce que le pic d’extinction? Pour faire simple, c’est l’augmentation de la force et/ou de l’intensité d’un comportement avant de s’éteindre… Voyez-vous ce que cela peut signifier pour vos doigts?

La résurgence n’est ni plus ni moins que la réapparition de comportement autrefois renforcer (aviez-vous enfin diminuer les cris?). De son côté, le comportement émotif peut se traduire par de la frustration… ou des agressions. 

5. Que faire si votre oiseau vous mord?

Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que le fait de se reposer sur un tel principe (simplement ignorer les morsures) comporte des risques et est incomplet. Je suis 100% d’accord que lorsqu’une agression imprévue survient, moins vous allez réagir, mieux ce sera. Je ne parle pas de vous laisser mordre. Je parle de ne pas crier sur l’oiseau, de ne pas lui parler ni de lui dire «non». Éloignez-vous de lui, soignez vos blessures et pleurez à chaudes larmes si vous en avez besoin. 

Une fois que vous aurez les idées plus claires, prenez des notes de ce qui s’est passé dans votre Journal des agressions (Voir section en-dessous ).

 

6. Tout est dans le contexte

Pensez-y bien: est-ce que votre oiseau vous mord n’importe quand? Est-ce qu’il mord vos doigts, votre oreille, votre visage? Où se trouve-t-il quand il vous mord? Qu’est-ce que vous êtes en train de faire lorsqu’il vous mord? 

  • Inscrivez la date et le moment de la journée
  • Notez l’activité dans la maison au moment de la morsure
  • Qui était présent? Où étiez-vous et où était votre perroquet?
  • Que faisiez vous avant la morsure? 
  • Que faisait votre perroquet avant de vous mordre ?
  • Comment avez-vous réagit après la morsure? Qu’est-ce que vous avez fait?
  • Exemple de cas : 

    Je suis dans la cuisine avec les enfants, je les aide à faire leurs devoirs et mon perroquet est tranquille sur mon épaule. Mon conjoint écoute la télévision dans une autre pièce. Je décide de prendre mon perroquet car j’aimerais bien le descendre de mon épaule le temps de vider le lave-vaisselle. Je vais pour le prendre et il me mord. Je retire ma main et je le chicane en lui disant «Non». J’appelle mon conjoint pour qu’il vienne prendre le perroquet car lui ne se fait jamais mordre. Il prend l’oiseau et le dépose sur son parc, sur la table de la cuisine. 

    À inscrire dans votre «Journal des agressions» :

    Date: mercredi 24 juin vers 17h30

    Activités: Conjoint assis dans le salon à écouter la télévision. Enfants assis à la table en train de faire leurs devoirs.  

    Contexte: Perroquet sur mon épaule et moi je suis dans la cuisine avec les enfants.

    Juste avant la morsure: perroquet ne fait rien de particulier sur l’épaule. J’approche ma main du perroquet pour le prendre et je lui dit «up».

    BOUM! Morsure.

    Juste après la morsure: je retire ma main et je dis «Non!» fermement à l’oiseau. Mon conjoint présente sa main à l’oiseau pour le descendre. 

     

     

    NOTE: Restez objectif. Décrivez la situation de façon à ce tous ceux qui liraient votre résumé pourraient se représenter la scène de la même manière. Plus on s’en tient au fait, moins nos émotions viennent interférer avec notre interprétation objective de l’évènement. 

    C’est un peu comme jouer à la devinette: on essaie de trouver la fonction du comportement. Comme nous ne sommes pas en mesure de demander à l’oiseau si nous avons bien compris pourquoi il se comportait ainsi, on spécule sur ses intentions jusqu’à ce qu’on ait assez de preuves pour justifier notre théorie. 

    6. C’est bien beau tout ça… Mais c’est quoi la solution?!

    Vous devez apprendre à reconnaitre sous quelles conditions votre perroquet vous mord. Prendre des notes dans votre journal vous permettra de cibler plus précisément les situations à risque et vous serez en mesure de les éviter. 

    LA PRÉVENTION A BIEN MEILLEUR GOÛT. 

    En évitant le plus possible que votre compagnon vous croque, vous réduisez les chances de l’encourager à recommencer. Il vous mord quand il est sur votre épaule? On ne le laisse plus monter sur l’épaule. Il vous mord quand vous avez votre cellulaire dans les mains? On ne touche plus à notre cellulaire lorsqu’il est sorti de sa cage. Il vous attaque quand vous changez ses bols? On ne change plus ses bols… Non, c’est une blague. On change quand même ses bols de nourriture, mais on ne le fait pas lorsqu’il est dans sa cage ou sur cette dernière. On l’occupe ailleurs et on change les bols à ce moment-là. 

    Je sais ce que vous vous dites: que ce n’est pas une solution à long terme, que vous ne voulez pas seulement éviter toutes les situations. Vous avez bien raison. Le prévention c’est surtout durant le temps que vous allez travailler à la source du problème. Voilà ce qui nous emmène à la prochaine étape.

    7. Enseigner un comportement de remplacement

    Ça y est: vous avez bien fait vos devoirs, vous pensez avoir découvert la raison pour laquelle votre perroquet vous agressait (grâce à votre Journal des agressions) et vous connaissez les situations où cela survient. De plus, votre analyse était assez bonne car vous avez évité beaucoup de morsures et il est temps de vous demander ce que vous aimeriez que votre perroquet fasse à la place.

     Voici quelques exemples:

    • Au lieu de vous mordre lorsque vous le descendez de votre épaule, vous aimeriez qu’il descende de lui-même. 
    • Au lieu de vous attaquer lors du changement des bols, vous aimeriez qu’il reste sur son perchoir.
    • Au lieu de vous mordre quand vous touchez votre cellulaire, vous aimeriez qu’il reste sur son parc. 

    En sachant quel comportement vous aimeriez, vous pourrez vous concentrer à récompenser ce comportement. 

    Il ne vous reste plus qu’à enseigner le comportement approprié à l’oiseau (ce qui n’est pas une mince affaire, mais regardez tout le chemin parcouru!). 

     

    En résumé

    • Soyez attentif à votre perroquet et portez attention aux situations où les agressions surviennent.
    • Éviter les situations à risques!
    • Tenez un «Journal des agressions» pour analyser la fonction des morsures
    • Demandez-vous quel comportement vous aimeriez voir à la place des morsures.

    Si vous êtes dépassé par le comportement de votre perroquet ou si vous avez besoin d’aide pour évaluer la fonction de la morsure, n’hésitez pas à me contacter pour une consultation privée. 

    Andréanne Garneau, CPBT-KA

    SOURCES

    Powell, A. R., Honey, P. L., Symbaluk G. D. (2016) Psychologie de l’apprentissage. Montréal: Chenelière Éducation. Révision scientifique de l’édition française par Guy Lacroix. 

    Ramirez, K. (1999) Animal training: successful animal management through positive reinforcement. 

     

     

     

    Projet Perroquet/ Andréanne Garneau  Juin 2020 ©

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