Au secours! Mon perroquet crie!

Ahhh la joie de se faire réveiller par les oiseaux qui chantent… Sauf peut-être lorsque ce «chant» vient de votre perroquet. 

On a tous un niveau de tolérance différent face au bruit, mais on va se le dire: c’est pas tout le monde qui a envie d’endurer autant de décibels. Se faire crier dans les oreilles avant même d’avoir pris son café, c’est clairement pas pour moi. Et même si c’est correct pour vous, qu’en ait-il des autres membres de votre famille ou de vos voisins?

Que faire quand les cris de votre oiseau sont insupportables? Comment peut-on les diminuer à un niveau plus acceptable? 

ÉTAPE #1

La première question à vous poser c’est: à quel moment votre perroquet crie? 

Identifiez les moments de la journée qui sont propices aux cris. Vous devez observer votre animal et pour ce faire vous pouvez même le filmer à son insu. Cela vous permettra d’en tirer des informations très précieuses qui seront indispensables, plus loin, dans l’intervention.

  • Est-ce en fin d’après-midi? Le soir avant l’heure du coucher? Le matin après le petit déjeuner? 
  • Est-ce qu’il crie seulement lorsque vous quittez la pièce ou son champs de vision? 
Informations importantes:
  • Date
  • Moment de la journée
  • Activité des humains au moment des cris
  • Activité de l’oiseau au moment des cris
  • Comment vous (ou les autres membres de votre famille) réagissez face aux cris?

N’oubliez pas de garder ces informations en note!

Personnellement, j’ai un dossier pour chacun de mes oiseaux dans lequel je conserve leur certificat de santé, leur feuille de poids, un suivi des entrainements, un journal des agressions en cas de besoin et des observations sur leur comportement.

En quoi ces observations vont vous aider? 

Premièrement, cela va vous permettre de savoir à quel moment concentrer vos efforts pour la 

prévention. En observant votre oiseau plus attentivement, vous allez reconnaitre les moments où il est bruyant, mais aussi ceux où il est silencieux. Que fait votre oiseau lorsqu’il ne crie pas? Est-ce qu’il mange ou joue avec ses jouets?

Deuxièmement, il faut se rappeler que chaque comportement a une fonction. Lors des consultations en comportement, je vous pose beaucoup de questions et je demande des vidéos parce que mon but est justement de trouver cette fonction. En ayant aucune idée de la raison pour laquelle l’oiseau crie ça ne sera pas évident d’éviter de renforcer ces derniers ni de les remplacer par un comportement qui aura la même rôle.

Voyons de plus près une étude de cas de Jacqueline, ma perruche ondulée:

Contexte: à certains moment dans la journée, Jacqueline émet des cris stridents et répétitifs d’une durée de 15 à 160 secondes. Ces derniers ne surviennent que lorsque je suis dans la pièce. La présence de mon conjoint n’affecte pas la probabilité qu’elle produise ces sons. 

Observation détaillée: je décide de prendre des notes pour analyser les différentes raisons possibles de son comportement. C’est à ce moment que je m’aperçois qu’elle crie seulement lorsque mon chien est près de sa cage. Comme ce dernier me suit à la trace, ma présence dans la pièce concorde avec celle de mon chien. 

Hypothèse: je décide de tester mon hypothèse selon laquelle le présence de mon chien maintient les cris. Pour ce faire j’observe la réaction de Jacqueline face à mon chien: dès qu’il s’installe proche de sa cage, elle crie. Je le rappelle et au moment où il s’éloigne, les cris s’arrêtent. J’installe mon chien dans une autre pièce avec un jouet pour plusieurs heures et j’observe le comportement de Jacqueline: aucun cri. Je rappelle mon chien dans la pièce et je lui demande de s’assoir près de la maison à Jacqueline: elle recommence à crier. 

J’en conclus donc qu’il est possible que la fonction des cris de Jacqueline soit d’éloigner mon chien. 

P.S:  Depuis que je m’assure que Floki (mon chien) ne s’arrête pas à côté de la cage de Jacqueline, je n’entends plus ces cris particuliers.

Chaque oiseau est différent. Apprenez à connaitre votre animal.

C’est normal pour un perroquet d’avoir un certain niveau de vocalisations à certains moments de la journée. On ne peut pas attendre de lui qu’il soit parfaitement silencieux en tout temps, ce serait irréaliste peu importe l’espèce.

Allons, maintenant on passe au concret. 

ÉTAPE #2    La prévention

Cette étape, bien qu’elle puisse paraitre trop simpliste, ne devrait pas être balayée d’un simple regard. Au contraire, elle devrait être prise très au sérieux car elle constitue une étape simple mais essentielle.

Le but c’est d’occuper votre oiseau avant qu’il ne commence à crier. Le AVANT est très très important sinon vous risquez de renforcer les cris. À l’étape précédente, vous avez découvert les situations où votre compagnon avait tendance à crier alors vous pouvez maintenant faire de la prévention efficacement. En plus, vous savez maintenant quelles sont les activités incompatibles avec les cris pour votre perroquet!

Exemples d’activités:

  • Prendre une douche ou un bain
  • Pratiquer le rappel au vol (Attention! Certains perroquets sont très bruyants en vol!)
  • Proposer de la recherche alimentaire (foraging)
  • Mettre un bol de nourriture fraiche à disposition
  • Mettre à disposition un jouet à détruire
  • Faire une séance d’entrainement
Lorsqu’un oiseau vient de dépenser son énergie mentalement et physiquement, il souvent est plus calme et moins motivé à crier. 

 

ÉTAPE #3      Extinction

Pour faire simple, l’extinction c’est le non-renforcement d’une réponse précédemment renforcée. Quand le comportement ne produit plus les conséquences souhaitées, on cesse le comportement.

Bon, en vrai ce n’est pas si simple. Vous pouvez vous référez à mon article sur les morsures pour en apprendre plus sur le processus d’extinction.

À cette étape, il est primordial que vous ayez fait vos devoirs pour découvrir la possible fonction du comportement.

Par exemple, si vous croyez que votre oiseau crie pour votre attention, il faut être prudent à ne pas lui en donner lorsqu’il crie. Si, au contraire, votre perroquet semble crier pour que votre conjoint quitte la pièce, il est important qu’il ne la quitte pas lorsque votre compagnon crie.

ATTENTION! Chaque étape est importante et ce serait une grossière erreur que de simplement vous concentrer sur l’extinction.

ÉTAPE #4      Remplacement

Comme discuté plus haut, on veut remplacer le comportement de crier par un qui nous conviendra mieux ET (idéalement) qui aura la même fonction. Voilà, encore une fois, pourquoi il est si important de prendre le temps d’analyser les cris.

Voici quelques exemples de remplacement:

  • Parler au lieu de crier
  • Siffler au lieu de crier
  • Secouer son jouet ou une cloche au lieu de crier
Comment diable apprendre à son compagnon à remplacer les cris par un autre comportement? C’est assez simple, il faut juste prendre le temps et être constant pour s’assurer d’établir une communication claire avec notre animal. 
 
Pour commencer, choisissez le comportement de remplacement. Idéalement, on veut désigner un comportement que l’oiseau connait déjà sinon vous devrez lui apprendre avant de débuter. C’est encore mieux si le nouveau comportement demande moins d’effort que l’ancien!
 
Ensuite, récompensez-le chaque fois qu’il produit l’action désirée. C’est un peu prenant au début mais c’est essentiel. Ne soyez pas inquiet, vous n’aurez pas à récompenser l’oiseau chaque fois pour le restant de vos jours. 
 

ASTUCE
Vous pourriez utiliser un marqueur pour indiquer à votre oiseau le moment exact où il a produit le bon comportement (dans ce cas-ci, lorsqu’il produit un son agréable). C’est le même principe qui est utilisé avec le «clicker»: on «click» lorsque l’animal fait le bon comportement puis on le récompense. Je recommande d’utiliser plutôt un marqueur vocal si vous ne voulez pas trimballer votre clicker sur vous en tout temps.
J’adore le clicker, c’est un outil formidable! Sauf que dans le cas des cris, je le trouve un peu moins pratique et souvent mes clients l’oublient dans une autre pièce. 
Voilà comment procéder:

  • Choisissez un mot comme «Good» ou »Yes» et débutez en conditionnant votre oiseau à ce mot.
    Pour cet exemple, nous allons utiliser le mot «Good». Idéalement, favorisez un mot que vous n’utilisez pas habituellement.
  • Vous dites «Good» puis vous récompensez votre perroquet. Répétez plusieurs fois pour que l’oiseau associe le mot à la gâterie. 
  • Si, lorsqu’il entend ce mot, votre perroquet se tourne vers vous comme s’il anticipait la récompense c’est probablement qu’il a fait l’association. 
  • Une fois que l’oiseau connait le marqueur, vous allez pouvoir vous en servir pour marquer le moment exact où il parle ou fait un son agréable. 
    Ainsi, même lorsque vous êtes dans une autre pièce, vous pouvez lui apprendre quels sont les sons que vous aimez.
  • Votre perroquet arrête de crier et il parle donc vous dites «Good» et vous vous dirigez vers lui pour le récompenser.
    Peu importe s’il a recommencé à crier le temps de vous rendre à lui, vous avez indiqué à l’oiseau quel comportement lui valait la récompense.

Pensez à l’apprentissage de la propreté chez l’enfant: au début, vous le récompensez amplement chaque fois et vous en faites toute une scène. Vous appelez papi, mamie, mononcle, matante, c’est la party quoi

Par la suite, plus le temps avance et moins vous aurez besoin de féliciter votre progéniture à chaque fois. L’important c’est surtout d’être très consistant en période d’apprentissage. Même chose pour vos animaux. 

Une fois que votre oiseau a bien compris qu’il doit maintenant produire le nouveau comportement au lieu de crier, vous pouvez commencer à étirer les fois où vous allez le récompenser (étirement de la proportion)

Maintenant, vous allez renforcer l’animal de façon variable. Précédemment, il obtenait toujours un renforçateur mais vous allez l’habituer graduellement à un changement de programme. Le mot graduellement est très important ici. On ne doit pas passer de  «je te récompense à chaque fois» à «je te récompense une fois sur 10». Le danger si vous faites cela, c’est que le nouveau comportement se détériore. 

Résultat? Retour des cris et découragement de votre part.

Prenez votre temps et ne soyez pas pressé d’en finir! Diminuer les renforçateurs à une fois sur deux ou trois (je préfère, personnellement, les cédules variables) pendant quelques séances puis une fois sur quatre ou cinq, etc. Si l’oiseau «rechute» et se remet à crier, pensez à revenir un peu en arrière et à y aller plus graduellement. 

EN RÉSUMÉ

  1. Prenez en note les moments où votre perroquet est bruyant et faites des liens.
  2. Occupez votre perroquet avec une activité incompatible avec les cris avant que ceux-ci débutent. 
  3. Identifiez la raison des cris de votre perroquet et assurez-vous de ne pas les renforcer.
  4. Trouvez un comportement de remplacement et apprenez à votre oiseau à utiliser ce dernier. 

 

Si cet article vous a aidé mais que vous cherchez plus d’information sur ce sujet, prenez mon cours en ligne sur les cris.

 Technicienne en santé animale et intervenante en comportement aviaire, Andréanne a une certification internationale en tant qu’entraineuse d’oiseaux. Passionnée par le monde aviaire, elle s’est donné pour mission de transmettre son savoir par l’intermédiaire de capsules vidéos, d’articles, de cours en ligne et de consultations. 

Andréanne Garneau, CPBT-KA

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